Dimanche 5 août, Montréal, rue Sainte-Catherine.
D'abord, marcher pour marcher. De long en large. Humer l'atmosphère. Sentir les vibrations de ce lieu mythique. Se dire que c'est irrémédiable ; que l'on ne rentrera plus jamais ici. C'est en effet ce soir que meurt la salle de spectacle "Le Spectrum". L'endroit va être détruit sous peu. A sa place ? Un building et un magasin américain d'électronique. Super, c'est beau le progrès !
Arpenter encore le couloir qui mène à la salle. S'asseoir sur l'un des tabourets hauts. Monter les marches pour admirer une dernière fois du balcon les posters que l'on a si souvent vu sans les regarder (Jean Leloup, Sting, Laurie Anderson, Renaud, Marjo, Ben Harper, Paolo Conté…). Ils faisaient partie des meubles, mais ce soir, les meubles, on les brûle !
Entrer dans la salle. Revoir une dernière fois Laurent Saulnier des Francofolies à sa place habituelle : appuyé sur le mur du fond droit de la salle, près de la fontaine d'eau. Sourire triste. Rien à dire. S'approcher des internationalement connues petites lumières jaunes qui ornent encore les murs latéraux ce soir.
Sur l'écran de la scène défilent une vidéo rétrospective ("Poussière d'étoiles") des artistes venus offrir leurs âmes et leur tripes au public depuis quasiment 25 ans : Katherine, Camille, Jean-Pierre Ferland, les Wampas, les sœurs MacGarrigle, Paul Piché, Daniel Bélanger, Higelin, Police, Claude Dubois, Plume Latraverse, Céline Dion déguisée en Madonna, Stephan Eicher, Pagliaro, Marianne Faithfull et tant d'autres. Voir défiler dans sa tête les shows que l'on a pu voir dans ce lieu… essayer de s'en rappeler du moins ! Croiser dans la salle des artistes, des amis, des gens du milieu musical, des journalistes ou des visages inconnus venus tout simplement à cet enterrement. Tous ont une gravité intérieure en dénominateur commun. Comme un bout de soi qui disparaît, comme un morceau d'enfance qu'on fout à la poubelle.
Les rideaux sont tombés derrière la scène, le mur de brique apparaît. Michel Rivard se présente seul. Il commence par faire un sketche assez drôle (un Polonais parlant mal le français) avant de mettre en bocal "l'âme du Spectrum". Poétique et émouvant. Ensuite il entame le dernier titre live qui raisonnera dans la salle : "Shefferville". Un titre où il est question de la fermeture d'une ville minière dans le nord du Québec.
"La nuit tombe sur la ville Qui m'a donné le jour En novembre passé Ils ont fermé la mine J'ai vu pleurer mon père Sur la table de la cuisine C'était pas tant de perdre Une job assurée Que de voir s'évanouir le rêve De trente année. Aujourd'hui ça m'fait mal De voir tout le monde partir C'est icitte que j'suis né C'est là que j'veux mourir C'est pas moi qui peut changer le cours de la vie, si y a personne qui reste, j'vais partir moi aussi. Mais c'est moi qui veut fermer Les lumières de la ville…"
Au moment où il chante cette dernière phrase, il arrête net la chanson, et appuie sur un transformateur électrique qui était à côté de lui et, à ce moment précis, les petites lumières jaunes s'éteignent dans un silence de mort, puis les rideaux noirs qui les soutenaient tombent lentement. Murmures et cris dans le public. Les yeux des plus solides s'embrument. Et même si Ghislain Poirier prend le relais pour le "party" final, la salle se vide assez rapidement. La messe est dite.
Bonjour Serge.J'aime beaucoup ton blog.Merci de me rappeler que les amis comme la famille sont très important.Au fait très belle hommage au Spectrum.Encore merci.